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LACS DE GRIGNY, L’ENCLAVE VERTE

Publié il y a presque 3 ans

Agréables lieux de promenades pour les riverains, les lacs de Grigny* et leurs abords sont un fragile écosystème, indispensable à la vie de la flore humide et de la faune. Ils sont aussi une aire de repos pour les oiseaux migrateurs qui rejoignent le Grand Nord ou se dirigent vers les Tropiques. Zoom sur un microcosme à l’orée de la ville, en compagnie de Boris Jarry, responsable de l’unité écologique des lacs de Grigny.

Pourquoi ne pas profiter des beaux jours et de la Fête de l'eau, qui a lieu du 1er au 2 juillet sur l'ensemble de notre territoire, pour découvrir ou redécouvrir notre patrimoine écologique et bleu, comme l'eau.


Un peu d'histoire

Il y a 300 000 ans, à l’emplacement actuel des lacs de Grigny, la Seine faisait son lit de sable et de graviers. Le fleuve, qui coule désormais à quelques encablures de là, a laissé pour traces de son passage un sol riche pour qui veut bâtir. C’est à partir de 1900 que les promoteurs découvrent la richesse du sous-sol et extrait pierres meulières et sable pour les constructions parisiennes et ce, jusqu’en 1960. Après l’arrêt des extractions, les carrières abandonnées se remplissent d’eau par ruissellement des eaux et capillarité, le site étant abondamment drainé par des sources. Les lacs artificiels sont nés. Dès les années 70, la commune de Grigny développe des activités nautiques. Les rives se couvrent d’environ une soixante de cabanes de pêcheurs. Boris Jarry, originaire des environs, raconte : « Ce site était un vrai terrain de jeu pour nous les enfants. Nous nous y baignons, pêchions les écrevisses à la main… C’était avant la promulgation de la loi sur l’eau (2000). Ma passion pour la nature et la protection de l’environnement prend probablement ses racines ici. »

Un site vulnérable

« Ma mission, en tant que responsable de l’unité écologique, est de deux ordres : faire bénéficier la population d’un lieu agréable, avec des aires de jeux, de promenades, de pêche, mais aussi d’observation des animaux. Tout le long des berges aménagées, des panneaux explicatifs sur la faune et la flore permettent au public de connaître la vie de ces lieux. De plus, notre équipe garantit la sécurité et la propreté de l’environnement. L’autre pan de mon activité consiste à protéger la nature des impacts humains. »

Un milieu protégé

Les berges des lacs ont été consolidées grâce à de roseaux qui hébergent des colonies d’oiseaux y couvant dès le printemps. Les oiseaux ne sont pas les seuls habitants des roselières. Les batraciens y prolifèrent (grenouille rieuse, verte ou crapaud commun), tout comme les petits rongeurs et les hérissons. « Environ tous les cinq ans, nous fauchons les roseaux – qui repousseront de plus bel –, afin de maintenir ce milieu humide. Nous allons également réintroduire des iris d’eau pour créer une diversité écologique », indique Boris Jarry. Les roselières constituent un écosystème fondamental pour la survie de nombreuses espèces animales qui y vivent, s’y nourrissent et y nichent. Ainsi, le phragmite des joncs tisse son nid avec le plumeau des roseaux. Leur douceur permet de confectionner un abri ouaté, tout en hauteur. Pour protéger ce milieu fragile, l’accès aux roselières est interdit au public qui perturberait les animaux en période de reproduction.


Une aire protégée, les prairies fleuries. « Bien sûr, notre rôle est d’aménager la nature pour que chacun puisse en profiter. Mais nous veillons toujours à restaurer un pendant plus sauvage où la nature reprend ses droits. Ainsi, nous plantons des prairies fleuries avec des variétés de plantes tantôt mellifères pour attirer les papillons, tantôt avec des espèces favorables aux oiseaux. En outre, nous faisons attention à conserver des zones de végétation sauvage où les ronces, les orties règnent. Savez-vous que ces deux plantes abritent à elles seules une cinquantaine d’espèces de chenilles et de papillons ? » Laisser un peu de « mauvaises herbes » dans son jardin, une proposition que chacun peut faire sienne et qui permet, en outre pour les orties, de produire soi-même un excellent engrais naturel.

Une zone prioritaire : le sous-bois. Les arbres morts ou au sol sont volontairement laissés en place car ils concentrent à la fois des populations de chouettes, de chauve-souris, des colonies d’insectes et dissimulent des champignons. Les lierres, qui prolifèrent sur les arbres, abritent aussi bien des passereaux qui y nichent que des insectes. « Nous agissons en faveur d’un développement spontané de la nature et pour favoriser la diversité de la faune. Les forêts primaires c’est-à-dire celles qui n’ont jamais été exploitées ni modifiées par l’homme comme en Pologne, sont les témoins d’une extraordinaire diversité en Europe de la faune et de la flore. De plus, les chercheurs – l’accès y est interdit à la population – ont montré que les espèces qui y vivent sont plus robustes et de plus grandes dimensions qu’ailleurs », précise-t-il. À moindre échelle, l’unité écologique tend à appliquer cette vision d’un écosystème où la nature évolue librement. Préserver mais en modérant les interventions humaines.


Une faune variée

Sous ou sur l’eau, la vie poursuit son cours aux lacs de Grigny. Le mois de juin est celui de la fraie des brochets et des carpes que l’on peut observer depuis le pont de la Rue-du-Port. Silures, anguilles, gardons et tanches peuplent également les fonds et servent de viviers aux oiseaux qui s’en nourrissent. Un héron immobile sur une branche morte fondra bientôt sur un poisson qu’il a repéré. Là encore, l’unité écologique des lacs intervient pour surveiller la qualité de l’eau qui influe sur la faune et la flore ou pister des braconniers. Mais plus qu’agir sur la nature, l’unité prévient les interventions humaines néfastes.


Indispensables points d’eau, les lacs de Grigny sont une étape sur le parcours des oiseaux migrateurs qui s’y reposent l’espace d’une nuit. Il n’est pas rare d’apercevoir des oies bernache ou des cigognes à l’automne ou au printemps. Des points d’affût ornithologique permettent de les observer ainsi que les nombreux oiseaux locaux peuplant les étangs. Canard, bécasse, bécassine, rousserolle, martin-pêcheur, sterne Pierregarin, cygne, foulque macroule, grand cormoran, héron cendré sont autant d’individus que le promeneur peut apercevoir. Oiseaux et mammifères se reproduisent du printemps jusqu’à l’été (mi-mars à août) dans cette oasis proche de la ville. Et le plus sûr moyen d’apprécier l’année suivante cette nature en perpétuelle évolution, est encore de la respecter et de rester sur les chemins balisés !

*Classés Espace naturel sensible et Zone naturelle d'intérêt écologique faunistique et floristique.


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