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Cinoches sur la ville

Publié il y a 2 mois

Les habitants de Ris-Orangis ont découvert le 22 avril le nouvel habit des Cinoches. Une immense photographie en noir et blanc dont l’utilisation a été généreusement autorisée par une star américaine. Qui ? Pourquoi ? Comment ? Retour sur un audacieux projet où le beau rejoint le bien.

C’est une femme très émue que nous rencontrons aux Cinoches quelques heures avant l’installation d’une bâche qui fera date. Il faut dire que Maïla Doukouré, directrice du réseau des cinémas de Grand Paris Sud (lien avec encadré), a une incroyable histoire à nous raconter. Une histoire vraie, avec épreuves surmontées et happy end à l’américaine.

Recréer du lien avec les habitants

Après 20 ans au service de salles parisiennes, Maïla a rejoint Grand Paris Sud en janvier 2021. Fermés pour cause de Covid, les cinémas français traversent alors une période très compliquée. « Comme tous les exploitants de salles, cette pandémie inédite nous a obligés à repenser le rapport avec le public. Imaginer des animations et des passerelles entre cinéma d’auteur et cinéma populaire. Recréer de l’intérêt et du lien avec les habitants, notamment via les associations de quartier. Cela devient d’autant plus urgent que les plateformes de streaming et les multiplexes concurrencent cruellement les cinémas indépendants » commente-t-elle.

Mais pour fréquenter un lieu, encore faut-il l’identifier.

« Certes, Les Cinoches sont bien connus des établissements scolaires car nous accueillons régulièrement des classes de primaires, collèges et lycées dans le cadre de dispositifs d’éducation à l’image. Ils sont aussi fréquentés par les amateurs de films art et essai qui caractérisent notre programmation. Pour autant, trop peu d’habitants du Plateau de Ris où nous sommes implantés, osent y entrer. Nous souhaitions donc qu’ils se l’approprient plus spontanément


Remettre du beau dans la Ville

« À mon arrivée, l’un des premiers projets a ainsi consisté à recouvrir la façade. Nous avons pensé à différentes options, dont le graph. Jusqu’à ce que je tombe en arrêt devant une photo noir et blanc. J’ai tout de suite pensé : c’est celle-ci ! J’ignorais de qui elle était mais elle m’a obsédée : je devais en savoir plus…»

Après enquête, la photo s’avère avoir été prise lors du tournage à New-York de Fisher King (1991), film multi oscarisé de Terry Gilliam. Son auteur : Jeff Bridges. Depuis 5 décennies, l’acteur a bâti une filmographie éclectique, entre blockbusters et films indépendants. 6 fois nommé aux oscars, à la fois héros populaire et anti héros étonnant, il est aussi passionné de photographie. Depuis 1967, il immortalise ses souvenirs de tournage grâce à un petit appareil Widelux qui permet des clichés panoramiques. Comme celui-ci…

De la photo idéale à la pensée globale

« Difficile de préciser ce qui m’a aimantée dans cette photo, raconte la Directrice des Cinoches. Déjà, les tours, comme celles qui environnent notre équipement, offraient un effet miroir parfait. J’ai grandi dans un ensemble à Gennevilliers et j’en ai gardé un certain goût de l'esthétique urbaine. Le fait aussi qu’elle représente deux personnages sur une grue de tournage, séparés par une caméra, offrait à notre cinéma une mise en abyme idéale."

En découvrant l’auteur, Californien star à l’opposé de ce quartier populaire, d’autres auraient abandonné. Mais comme le dit Goethe “Quoi que tu rêves d’entreprendre, commence-le. L’audace a du génie, du pouvoir, de la magie.”

Alors Maïla essaie, sans trop y croire. Un premier contact est ainsi pris avec l’agent de Jeff Bridges en mars 2021. Projet, contexte, ambitions. Tout est exposé en confiance et en transparence.

« Nous avons envoyé des photos du site, raconté son intégration en milieu urbain, nos ambitions de faire (re)venir un public jeune et populaire. Tout de suite, nos contacts américains se sont montrés curieux et intéressés. Ils ont posé des questions sur la sociologie du territoire, sur les compétences de l’Agglomération, sur notre programmation, sur la taille de nos écrans. Nous y avons répondu avec précision et sincérité. Avons par exemple exposé notre proximité avec Grigny, ville la plus pauvre de France selon l’observatoire des inégalités. En plus de sa patience et de son professionnalisme, l’équipe de Jeff Bridges a vraiment pensé le projet de façon globale. Ils se sont intéressés aux détails et à l’ADN du territoire. Avec foi et enthousiasme. Tout en posant des questions d’ordre techniques, comme la résistance de la toile à la pluie ou aux intempéries. »

Résultat : Jeff Bridges donne son accord le 25 mai 2021 ! Mieux : il autorise généreusement l'utilisation de sa photographie. À une condition : confier à une association du territoire le recyclage de la bâche quand elle sera en fin de vie en la transformer en goodies : sacs, trousses, pochettes, tabliers qui seront ultérieurement proposés à la vente aux spectateurs. L’objectif est vertueux : réinvestir dans de futures actions culturelles.

Le temps de régler les détails techniques et logistiques, de trouver le fabricant idéal et de confectionner la bâche de 11 m x 22,30 m, la nouvelle façade est installée depuis le 22 avril.

« Jusqu’au dernier moment, j’étais un peu fébrile : j’avais peur que quelque chose advienne à chaque étape. » Heureuse et soulagée, la Directrice des Cinoches a dorénavant une seule hâte : accueillir nombreux les habitants du quartier et tous les amateurs de cinéma des environs.

En plus de sa patience et de son professionnalisme, l’équipe de Jeff Bridges a vraiment pensé le projet de façon globale.

Imaginer des animations et des passerelles entre cinéma d’auteur et cinéma populaire. Recréer de l’intérêt et du lien avec les habitants, notamment via les associations de quartier.

Sur l’autre pan de la façade, a été installée une autre bâche en couleurs. Objectif : identifier la Scène nationale de l’Essonne qui partage le Centre culturel Robert Desnos avec les Cinoches. La photo a été prise par Sophia Garcia lors du spectacle de hip hop - Wakatt, de Serge Aimé Coulibaly (Faso Danse Théâtre). Un événement accueilli en mars 2022 par la Scène nationale de l’Essonne.


Le réseau des Cinémas de Grand Paris Sud, c’est :

• 3 salles de cinémas (7 écrans)

o Les Cinoches 4 sur la Nationale 7 à Ris-Orangis

o L'Arcel à Corbeil-Essonnes

Le Centre culturel Robert Desnos de Ris-Orangis, c’est :

• Les Cinoches 1, 2 et 3 sur le Plateau de Ris-Orangis

• La Scène nationale de l’Essonne


À noter : les Cinoches renouvellent cet été, les ateliers d’initiation autour du cinéma. Détails à venir prochainement.











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